top of page

AT[H]OME

Série en 16 photographies

Itinéraire d'un corps-maison, en collaboration avec Lou Viallon

avec le soutien de la Ville du Kremlin Bicêtre

06-50x75.jpg

Ce projet est né d’une volonté profonde de raconter une histoire à la fois sensorielle et organique, et de ma rencontre avec Lou Viallon, qui a été une inspiration folle, pour poser les bases de cette réflexion sur un soi insaisissable et en perpétuelle mutation ; et une vraie collaboratrice, pour lui donner corps, dans tout ce qu’il a de force et de fragilité.

 

AT[H]OME est un projet photographique mêlant corps et matière, deux thématiques de plus en plus récurrentes dans mon travail. Ici, la peau et l’argile se superposent pour raconter toutes ces peaux que l’on endosse tout au long d’une vie, de l’enfance à la vieillesse. Parce que pour survivre dans notre monde, il vaut mieux avoir une peau imperméable et interchangeable.

 

AT[H]OME est surtout un ovni dans mon parcours, ou peut-être une étape majeure qui me pousse à rendre mon travail autonome et à le laisser me guider dans la marche à suivre.

 

AT[H]OME est l’histoire d’un corps-maison, c’est-à-dire, un corps qui serait avant tout son propre abris. En résonance avec les murs d’une maison vide, c’est le récit silencieux d’un corps qui existe pour lui et par lui. Qui devient à la fois acteur et décor. Dans cette histoire, un corps lunaire déambule d’une pièce à l’autre comme on erre dans sa mémoire en proie aux pensées et aux souvenirs. Loin des cases enfermantes et des injonctions sociales, ce corps redevient ce qu’il est dans sa fonction première, la plus organique : un habitacle qui se donne naissance à lui-même. Alors, ce corps-décor se meut, s’effrite, change de peau et se transforme car il se construit. Il est le seul acteur de son évolution.

 

Comme un jour on décide de poser ses valises quelque part pour en faire un chez-soi, AT[H]OME invite à pousser la porte de cette demeure un peu particulière et sans âge, à laisser sur le paillasson toutes les couches superflues qui occupent nos pensées, et à être simplement at home (« à la maison » en anglais).

Galerie :

GENÈSE DU PROJET

J'avais envie de travailler sur un projet où le corps et la danse seraient au centre. Finalement, plus que la danse, c'est l'expressivité du corps qui l'a emporté. J'avais envie d'un dialogue entre peau et matière, de trouver une résonance entre les deux. Et ma rencontre avec Lou a déterminé la suite. Beaucoup d'échanges et de réflexions sur tout un tas de sujets ont eu lieu pendant le travail : sur la thématique de la maison, l'identité, le corps, les dictats sociaux, les injonctions à la peau lisse, à la minceur, à un genre très identifiable, l'argile, la construction et peut-être plus encore, la mutation. On voulait un corps en mouvement, un corps qui mute sous nos yeux, qui s'approprie sa construction. Alors, nous avons décidé d'en faire un "corps-maison". J'ai proposé à Lou d'écrire avant la réalisation des photos, pensant à tort - maintenant je peux le dire - que nous pourrions nous inspirer de nos écrits pour construire l'image. Nous avons écrit, un peu, mais le projet demandait plus que de poser des bases noires sur blanc. Nous avions besoin d'organicité, de faire, de ressentir pour démêler notre récit, comme on le ferait avec une pelote de laine. Il m'a fallu du temps pour me faire à l'idée que ni le processus de création, ni l'histoire que nous voulions raconter, ne seraient linéaires. Nos réflexions ont trouvé corps dans un éclatement de postures, d'intentions, de lumières et de couleurs. Finalement, cette non-linéarité est devenu un fil rouge, et je me suis laissée happer par le voyage.

UNE MAISON VIDE POUR DÉCOR

Plus nous construisions un corps en mutation et en dehors du temps, plus nous avions envie de lui offrir des murs à son image. Pour que l'un devienne l'autre. Après des recherches laborieuses, nous avons fini par trouver une maison inhabitée depuis plus de 45 ans, à Saint-Germain-d'Anxure en Mayenne (53), appartenant à une famille depuis presque un siècle. Ce serait difficile de résumer les deux jours pendant lesquels nous avons créé les images dans cette maison. Je peux juste dire que lorsqu'on créé quelque chose dans une maison vide, le temps prend une toute autre dimension. Il se tort. Et tout devient possible.

À l'origine, je souhaitais réaliser les photos dans un atelier de peintre ou de sculpteur.ice. Puis, très vite, l'idée de photographier AT[H]OME dans un espace qui suggérerait le passage du temps, s'est imposée. Il nous fallait un lieu capable de renfermer autant de complexité et d'étrangeté que le corps que nous étions en train d'inventer.

>> le travail de Lou Viallon

Installation au centre social Germaine Tillion, Kremlin Bicêtre

bottom of page